
Quand Tirésias fut condamné aux ténèbres pour avoir révélé que la femme prenait plus de plaisir que l’homme lors du rapport sexuel, nous pouvons nous rendre compte que la question du plaisir et de l’orgasme féminin continue de former, dans de nombreuses cultures, un véritable tabou.
Dans nos sociétés dites occidentales, la question de l’orgasme féminin semble moins marquée à ce jour du sceau de l’interdit et le plaisir sexuel féminin se présente ainsi comme un droit, comme une revendication aussi naturelle que légitime. Cependant, beaucoup de femmes souffrent de ne pas avoir d’orgasmes ou même de ne ressentir aucun plaisir sexuel.
Grâce aux avancées de la psychanalyse, nous pouvons constater que cette difficulté à avoir un orgasme, tout comme la difficulté à ressentir du plaisir durant l’acte sexuel, est le résultat d’un conflit entre les instances psychiques. En effet, les résultats de la psychanalyse mettent en lumière que cette difficulté repose le plus souvent sur un blocage psychique, c’est-à-dire sur un rapport problématique entre les différentes parties de l’appareil psychique (le Ça, le Moi et les organisations intramoïques et le Surmoi).
De la difficulté dans le rapport à l’image du corps aux sentiments de honte et de culpabilité liés à la sexualité, de la volonté de maitriser à la tendance à se châtier, à se juger et à ne pas pouvoir lâcher, la psychanalyse met en lumière les différentes problématiques intrapsychiques que recouvrent la difficulté à ressentir du plaisir et à avoir un orgasme.
Si certains praticiens ont cru de nombreuses années que ces difficultés sexuelles résultaient d’un problème organique, concernant notamment le vagin ou le clitoris, les neurosciences ont mis en évidence ces dernières années le rôle primordial du cerveau et de son fonctionnement. Autrement dit, les résultats de l’imagerie cérébrale attestent de la causalité psychique de la frigidité et de la difficulté d’avoir un orgasme, confirmant ainsi les résultats de la psychanalyse : dans la grande majorité des cas, les troubles de la libido et de la sexualité ne résultent pas de problématiques organiques ni génétiques, ils sont l’expression d’un conflit intrapsychique qui se traite dans le cadre d’une psychanalyse.
De même, cette plasticité libidinale met en exergue les discours sociétaux problématiques qui annulent rétroactivement les troubles de la sexualité en les généralisants ou en les banalisants. Par exemple, il n’est pas rare d’entendre aujourd’hui que c’est normal pour une femme de ne pas avoir d’orgasme, que c’est normal de ne pas avoir de désir génital après 60 ans ou même que c’est une « orientation sexuelle » de n’avoir pas de désir sexuel (« asexuel »).
Or non seulement, la psychanalyse montre que cette façon de généraliser est un procédé défensif par lequel le Moi minimise ses difficultés – ce qui revient à vivre avec sans ne jamais les traiter – mais elle montre ainsi que ces problématiques liées à la sexualité ne sont pas une fatalité et qu’il est ainsi possible de construire, grâce au travail psychanalytique, une nouvelle économie psychique dans laquelle la sexualité s’articule au plaisir, à la joie et pourquoi pas, à l’amour.